Ouvrons le debat sur la politique de croissance ivoirienne
Le taux de croissance de la population ivoirienne est estimé à 1.5% sur la période 2003-2015. Si nous faisons l’hypothèse d’une inflation constante autour 2% sur cette période, la croissance économique devrait être au moins égale à 3.5% au cours de la prochaine décennie pour maintenir le niveau actuel de bien-être de la population, et donc un taux de croissance approchant les deux chiffres pour espérer réduire significativement la pauvreté actuelle. Il est donc nécessaire d’avoir une politique de croissance économique qui va au-delà de la gestion quotidienne des finances publiques. Les mesures suivantes pourraient aider dans ce sens: (i) la bonne gouvernance; (ii) la constitution du capital humain; (iii) l’innovation; (iv) la diversification; (v) et une politique energetique solide.
i) La bonne gouvernance est le premier élément qui peut assurer une croissance soutenable et durable dans un pays. Il faudrait donc tout d’abord assainir le cadre macroéconomique par une bonne gestion des finances publiques pour réduire les déficits publics, par la réduction des déficits de la balance des paiements en stimulant les exportations et en rendant le pays attractif pour les investisseurs étrangers mais aussi pour la diaspora ivoirienne, par la mobilisation de l’épargne nationale en facilitant l’accès au système bancaire et l’interconnexion entre les réseaux d’épargne populaire et les banques.
ii) La Côte d’Ivoire compte encore de nombreuses localités faiblement couvertes par les écoles primaires, les collèges et les centres de santé primaires. Il est donc envisageable de faire une relance keynésienne en ouvrant des emplois publics dans l’éducation et la santé de base en accord avec les institutions de Bretton Woods dans le cadre des Objectifs de Développement du Millenium (ODM). Cette collaboration étroite avec les institutions internationales permettrait de renforcer le système éducatif et de santé tout en respectant les principes de bonne gouvernance, et constituer par la meme occasion le capital humain du pays.
iii) Le développement du capital humain et l’innovation que cela permet doit être l’axe central de la politique de croissance de long terme et la structure actuelle de l’enseignement supérieur ivoirien est une bonne base. L’éducation tertiaire professionnelle doit être régulièrement évaluée pour l’adapter aux besoins de l’économie, le cursus universitaire doit être reformé pour inclure des stages pratiques dans les entreprises comme dans l’administration publique et le statut des enseignants du supérieur doit être adapté pour faciliter l’encadrement qu’une telle réforme nécessite. Les grandes écoles de Yamoussoukro doivent être intégrées dans des pôles de compétitivité et d’innovation impliquant le secteur privé. Le Fonds pour Développement la Formation Continue (FDFC) doit être redynamisé et mis en relation avec les centres de formation supérieure. Cette synergie entre la formation supérieure et le secteur privé national pourrait renforcer l’attractivité du pays et augmenter les Investissements Directs Etrangers (IDE).
iv) Il faudrait ensuite développer stratégiquement de nouveaux secteurs d’activité en analysant les flux d’exportations existant entre la Côte d’Ivoire et ces principaux marchés ainsi que les secteurs en expansion dans ces marchés pour déterminer les créneaux porteurs pour l’exportation. Pour cela il est nécessaire de mettre en place une Equipe d’Analyse Stratégique formée de cadres de plusieurs ministères clés (Industrie, Agriculture, Commerce Extérieur, Plan et Développement par exemple) qui se réunira régulièrement pour explorer les potentialités industrielles et les moyens d’écoulement sur le marché national, sous-régional et international. Cette équipe s’attellera à trouver des niches à exploiter et proposera son assistance technique aux entreprises privées nationales intéressées à se positionner dans ces niches.
v) Enfin, une politique énergétique rigoureuse et respectueuse de l’environnement devrait permettre d’optimiser la consommation d’énergie par les ménages, l’administration publique et les entreprises privées en éliminant les sources de gaspillage, en entretenant et en renforçant les sources de production actuelles, en travaillant à notre autosuffisance énergétique par la diversification des sources (énergie solaire, éolienne, fossile, géothermique…). Le ministère de l’énergie et des mines devra s’intéresser particulièrement à cette dimension prospective et stratégique de ses attributions. Cette tâche d’optimisation et de prospection devrait etre assurée par une Agence Nationale de l’Energie pour assurer la soutenabilité de la politique de croissance économique.
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