Le Pari, Acte 2
Pour sa premiere visite en terre africaine, le President Barack Obama a decide de se rendre au pays de l’Ossadjefo. Ce choix a fait couler beaucoup d’encre et de salive en Cote d’Ivoire. Pour ma part, cet evenement m’a surtout rappele le fameux pari que le President Houphouet avait lance a Nkrumah lors d’une visite officielle de ce dernier en Cote d’Ivoire a l’occasion de la fete d’independance de notre pays.
Houphouet avait en l’occurence fait remarquer a Nkrumah que sa politique de collaboration avec la France etait plus sage et qu’il donnait a Nkrumah 10 ans pour en voir les resultats positifs. Au bout de 10 ans, on parlait du « miracle ivoirien », tandis que le Ghana s’etait murer dans une serie de coups d’Etat interminables. D’aucun diront que cette instabilite etait le produit d’actions sournoises et souteraines d’Houphouet. D’autres diront plutot que c’etait le resultat de l’irrealisme de l’idealisme de la politique etrangere de Nkrumah.
Pres de 50 ans apres l’independance de la Cote d’ivoire, la n’est plus la question. L’acte 2 du Pari lance par Houphouet semble etre a l’avantage du Ghana. Est-ce a cause de ses meilleures performances socio-economiques? Est-ce a cause de sa recente transition democratique a la stupefaction et l’emerveillement de l’occident et l’incredulite du reste de l’Afrique? Est-ce a cause du lobbying efficace de sa diaspora aux Etats Unis ou l’argument d’autorite que represente Kofi Anan? Quelque soit la raison profonde de ce choix, tout Ivoirien reconnaitra que le spectacle offert par la Cote d’Ivoire ces dernieres 10 annees ne nous ne mettait pas du tout sur la liste des pretendants a cette visite hautement symbolique. D’un premier coup d’Etat en 1999 a une election « calamiteuse » en 2000 avec une succession de coups d’Etat manques depuis lors jusqu’aux tristes evenements de Septembre 2002, et les nombreuses tergiversassions et elections reportees jusqu’a « on ne sait plus quand », la raison de ce non-choix est toute evidente.
Reste a esperer que dans un sursaut d’orgueil, la Cote d’Ivoire comme un seul homme ou une seule femme selon, va revenir a l’essentiel: un peuple de paix et de fraternite, devoue au travail, et sachant tirer le meilleur de ses voisins pour une sous-region prospere pour tous. La globalisation de l’economie ne donne plus la chance a aucune petite nation de s’en sortir seule. Les marches a conquerir sont ailleurs, en Amerique du Nord, en Europe et en Asie. Et la Cote d’Ivoire et le Ghana ont plus a gagner en collaborant pour accroitre leur part commune de ce marche globalise, plutot que de se faire la competition sur un marche sous-regional tres limite. Le Pari Acte 3 sera un defi commun a relever ensemble, ou ne sera pas.
Sur le choix (délibéré?) de Borack Obama de visiter le Ghana plutôt que la Côte d’Ivoire pourrait s’expliquer de plurielle raison.
D’abord, historiquement, le Ghana a été une colonie anglaise,ce qui crée un lien commun entre les américains « the forefathers fleeing the British power to seek true freedom » et les ghanéens qui savent aussi de ce même potetas anglais. Il appert de cela même un dénominateur linguistique commun qu’est l’anglais. Et en tant que immigrants, nous savons la facile adaptation des ghanéens (instruits ou pas)à la réalité américaine, comparativement aux ivoiriens qui, eux, sont quelque peu déphasés,leur histoire étant quintessentiellement française. Par exemple au plan diplomatique,à cause d’un outil de communication commun qu’ils partagent,les rapports humains seront beaucoup aisés parceque n’engageant aucun intermédiare tel que le besoin d’un interprête, ce qui ne serait pas le cas de la Côte d’Ivoire.
Au plan politique, le Ghana, à l’heure actuelle, fait ses preuves d’un Etat véritablement souverain en maintenant une stabilité politique interne de plus d’une décennie. Au plan international, ses citoyens ont fait montre d’une capacité de gestion importante, et dont Kofi Annan (ex- Sécrétaire Général de l’ONU) en est la preuve. Ce qui précède a permi au Ghana de se tailler une reputation solide et d’afficher une image de confiance minimum pour occasionner une visite de l’envergure du Président de la nation la plus puissante et paisible du monde.
Pourquoi Obama n’est-il pas allé en Côte d’Ivoire, un pays très voisin du Ghana? L’on ne serait dire exactement les raisons qui ont guidé un tel choix. Tout ce que l’on dirait ne s’inscrirait que dans l’ordre de conjectures, et tous les pays voisins du Ghana seraient en droit de se poser la même question:Pourquoi pas nous?
En ce qui concerne nous ivoiriens, nous pouvons dire sans risque d’erreure que notre beau pays est suffisammant instable à l’heure actuelle pour être à mesure d’une telle visite d’honneur. Mais encore est-il besoin de rappeler que le réel honneur viendrait non pas de la visite de Obama (nous ne refuseront pas une telle visite),mais que tous les fils et filles du pays se serrent les coudent pour rétablir notre stabilité longuement perturbée et notre dignité qui s’étiole de jour en jour.