Reflexion sur le decentralisation en Cote d’Ivoire

Souleymane Coulibaly le 5 septembre 2009

En 1971, Simon Kuznets obtenait le Prix Nobel d’ Economie pour ces travaux démontrant que pour qu’un pays passe du niveau de revenu bas à un niveau de revenu élevé, il doit passer par une transformation sectorielle de l’agriculture, à l’industrie, puis aux services. En Décembre 2008, Paul Krugman a obtenu le Prix Nobel d’Economie pour ces travaux montrant que les transformations sectorielles mises en évidence par Kuznets doivent nécessairement être accompagnées par une concentration croissante des activités économiques dans des zones urbaines pour exploiter les économies d’échelle nécessaires à une diversification des activités économiques et des exportations. Malheureusement, le morcellement de l’Afrique hérité de la conférence des puissances coloniales à Berlin en 1884 a altéré les transformations spatiales qui auraient favorisées l’émergence des économies d’échelle nécessaires au développement du continent.

Le Rapport sur le Développement dans le Monde 2009 Repenser la Géographie Economique s’inspire des idées développées par Paul Krugman pour recadrer les principes de base du développement territorial. Le Rapport propose un cadre d’analyse s’appuyant sur les trois dimensions spatiales du développement: la Densité, la Distance, et la Division. La Densité fait référence à la concentration des activités économiques dans les pôles urbains pour générer les économies d’échelle nécessaires à la diversification de l’économie et des exportations. La Distance fait référence à la réduction de la distance économique entre les acteurs économiques par une augmentation de la mobilité de la main-d’œuvre et des entreprises pour se rapprocher des densités économiques. La Division fait référence a la facilitation des procédures douanières ainsi que toute autre reforme institutionnelle et infrastructure régionale renforçant l’interaction économique au delà des frontières.

Le principal message du Rapport est que la croissance économique est par essence inégale dans l’espace. Essayer de disperser l’activité économique non-agricole sur le territoire national, c’est la décourager. Mais en mettant en place des institutions appropriées, les décideurs politiques peuvent favoriser une meilleure intégration entre les régions avancées et celles moins avancées. Cette réflexion propose d’analyser les implications de ce principe à la politique de décentralisation ivoirienne.

La population ivoirienne est très mobile et les entreprises se sont naturellement concentrées dans les pôles urbains tels qu’Abidjan, Bouaké et San Pedro. Le défi réel est de ne pas utiliser la politique de décentralisation actuellement en cours pour forcer l’activité économique non-agricole et non-minière à se disperser sur l’étendue du territoire. S’assurer que le pôle urbain d’Abidjan est le plus efficace possible et le plus intégré possible avec les autres centres économiques de l’Afrique et du monde devrait être le volet le plus important du développement territorial du gouvernement ivoirien. Ensuite le gouvernement devrait s’assurer que tous les ivoiriens, où qu’ils soient né ou vivent, profitent de l’expansion économique d’Abidjan en n’entravant pas la mobilité des personnes et des entreprises et en s’assurant que les services d’éducation et de santé de base sont de même qualité que l’on vive à ou loin d’Abidjan. Enfin, une politique d’urbanisation réglementant mieux le foncier urbain et en connectant (avec les institutions et infrastructures adequates) les villes à leurs hinterlands dans chacune des régions devrait être le troisième volet que le gouvernement mandate les régions à mettre en place pour favoriser l’émergence d’activités économiques non-agricoles.

Pour faciliter la coordination entre les trois niveaux administratifs (national, régional et municipal), la politique de décentralisation devrait tabler plus sur les régions que sur les départements. Cela faciliterait les décisions d’investissement plus a même de renforcer la ville la mieux positionnée dans la région, plutôt qu’une compétition inefficace entre plusieurs centres départementaux. La décentralisation s’en porterait certainement mieux avec une base fiscale plus large.

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